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Philippe Bourlitio

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Dossier OGM

OGM et résistance aux antibiotiques

Philippe BOURLITIO. Édition du 27 avril 2004.

L'inquiétude soulevée par l'utilisation de gènes de résistance aux antibiotiques dans la création d'OGM résulte de la possibilité de leur transmission aux bactéries du sol ou à celles du tube digestif des consommateurs (hommes ou animaux). Cette inquiétude est exacerbée par le contexte actuel d'une recrudescence de maladies résultant de l'apparition de micro-organismes pathogènes résistants aux antibiotiques. La situation est-elle aussi dramatique que le laissent paraître certains ?

Pourquoi conférer aux OGM une résistance aux antibiotiques

Eu égard à son faible taux de réussite, une expérience de transgénèse nécessite un grand nombre de cellules. Elle requière en conséquence la présence d'un système de repérage permettant de sélectionner les organismes (issus des cellules manipulées) ayant intégré le transgène parmi ceux qui ne l'ont pas. Le plus souvent, les chercheurs introduisent avec le transgène un gène de résistance à un antibiotique, dit gène marqueur, ce qui permet, par application dudit antibiotique, de détruire les cellules non modifiées.

Quel mécanisme ?

La source du problème est l'existence d'échanges d'ADN entre espèces, appelés transferts horizontaux (voir encadré ci-dessous). Ainsi, on s'inquiète de la possibilité de transmission du gène de résistance d'une plante transgénique à des bactéries pathogènes pour l'Homme. Il en résulterait inéluctablement une recrudescence de la maladie causée par le pathogène. Aucun transfert de ce type n'a été réussi en laboratoire, laissant supposé qu'il est hautement improbable. Toutefois, on serait de mauvaise foi en excluant la possibilité qu'il se produise un jour. « Hautement improbable » ne permet pas de garantir que l'événement ne se produira pas. L'apparition de la vie puis l'évolution des espèces pendant des centaines de millions d'années sont elles-mêmes le résultat d'événements hautement improbables. En l'occurrence, il est plus probable que le transfert de gène de résistance aux antibiotiques provienne de bactéries commensales du tube digestif, car les transferts entre bactéries d'espèces différentes sont connus depuis longtemps et certains gènes de résistances aux antibiotiques sont présents dans la flore intestinale.

Aide n°1 : transferts de matériel génétique

Les transferts de matériel génétique peuvent être classés en deux catégories, horizontaux et verticaux. Par opposition aux transferts verticaux qui correspondent à la transmission du matériel génétique entre générations, les transferts horizontaux correspondent à des échanges entre espèces, c'est-à-dire capables de franchir la barrière d'espèce. Ces échanges ont été démontrés depuis longtemps dans le reigne végétal. Ils peuvent se produire au moyen de vecteurs de type viral (ex : les transposons) ou grâce à des bactéries (ex : Agrobacterium tumefaciens, une bactérie du sol, qui, au fil des ses parasitages, arrache ou apporte des fragments de gènes à ces hôtes).

Ainsi, le développement de résistances aux antibiotiques doit être envisagé comme une fatalité. Si la recrudescence de micro-organismes pathogènes due au développement de résistances aux antibiotiques est réelle, nous pouvons espérer une parade dans les progrès incessants de la biologie moléculaire, qui ne se contentera bientôt plus de produire en masse des substances antibiotiques naturelles, mais qui sera capable d'inventer de nouvelles molécules entièrement synthétiques (Parmi les molécules que fabriquent les micro-organismes pour leur développement, certaines sont vitales. La connaissance de ces molécules permettra d'élaborer des molécules synthétiques qui les bloqueront, empêchant ainsi le développement des micro-organismes.). A l'exemple de la bataille sans merci à laquelle se sont livré les espèces au cours de l'évolution (voir encadré ci-dessous), nous ne pouvons pas rester sur des acquis mais devons toujours développer de nouvelles stratégies pour contrer celles de l'adversaire.

Aide n°2 : antibiotiques, co-évolution proies prédateurs

C'est depuis des millions d'années que bactéries, champignons et végétaux luttent pour les ressources du sol à coup de molécules. Les uns inventent de nouvelles armes, les autres s'y adaptent. Les antibiotiques que nous utilisons aujourd'hui sont des produits transitoires de cette lutte perpétuelle.

Pour retarder cette échéance inéluctable, il a tout de même été recommandé depuis 1998 de réduire l'usage des gènes de résistance aux antibiotiques, surtout lorsqu'ils pouvaient être utiles en santé... Le site d'information sur les OGM résume ainsi la situation actuelle de ce dossier [1] :

La directive 2001/18 en vigueur depuis octobre 2002 et qui remplace la directive 90/220/CEE a pris en compte ces remarques. Son 22ème considérant précise qu'une "attention particulière devrait être accordée à la question des gènes de résistance aux antibiotiques lors de l'évaluation des risques des OGM contenant ces gènes". Son article 4 prévoit aussi "d'éliminer progressivement des OGM les marqueurs de résistance aux antibiotiques" qui sont susceptibles d'avoir des effets préjudiciables sur la santé humaine et l'environnement, d'ici le 31 décembre 2004 dans le cas des OGM mis sur le marché conformément à la partie C et d'ici le 31 décembre 2008 dans le cas des OGM autorisés en vertu de la partie B.

La Commission européenne a entrepris des travaux en vue d'identifier les gènes de résistance aux antibiotiques qui devraient être éliminés des futures constructions génétiques parce que pouvant présenter un effet néfaste sur la santé humaine et l'environnement.

Page créée le 27 avril 2004. Dernière édition le 27 avril 2004.
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Vos réactions

#2

hommes-poireaux

de pouêt, le 07 novembre 2005, 8:58:29

L'aide n°2 est très immagé (peut être un peu trop), la vulgarisation scientifique tombe bien bas pour faire un filme d'action avec Jean-Claude Van Damm dans le rôle du champignon!

Commentaire jugé pertinent à 100% (2 votes).

#3

de sylvain, le 30 octobre 2006, 16:56:51

A propos de la phrase:"A l'exemple de la bataille sans merci à laquelle se sont livré les espèces au cours de l'évolution (voir encadré ci-dessous), nous ne pouvons pas rester sur des acquis mais devons toujours développer de nouvelles stratégies pour contrer celles de l'adversaire." Les especes n'ont pas inventé elles même leur stratégies évolutives à grands coups de crédits à la recherche! Mais à en croire la thèse Darwinnienne, il s'est agit de mutations validées par l'environnement tout entier jouant le rôle d'un filtre intrangisible. Comment la technoscience peut-elle prétendre être capable avec son petit siècle d'expérience, de prendre le relai de cette énorme machinerie dont la plus grande part de sa complexitée nous échappe encore?
N'est-ce pas un paris bien prométhéen et irresponsable que de donner à l'Homme le soin de créer son artificialité? Car le dit progrès scientifique en matière de médecine ne s'attache pas l'évolution de l'espece humaine (comme il est affirmer dans cet article) mais plutôt s'atèle à une véritable course contre le filtre.

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#4

de Ryuujin, le 22 mars 2007, 13:28:39

"Comment la technoscience peut-elle prétendre être capable avec son petit siècle d'expérience, de prendre le relai de cette énorme machinerie dont la plus grande part de sa complexitée nous échappe encore?"

Mais ce n'est pas la technoscience qui fait cela.

C'est l'agriculture. Les techniques développées sur ces points ne font que lui apporter de nouveaux moyens pour le faire.

Tous les végétaux cultivés ont vu leurs génomes modifiés par l'homme.

La différence entre la transgénèse, et ce qu'on faisait avant, c'est qu'on a maintenant les moyens de savoir ce qu'on apporte de nouveau au génome.
Avant, tout était fait à l'aveuglette : on sélectionnait des mutants pour une propriétés, sans savoir s'ils ne portaient pas d'autres mutations génantes, on introgressait des gènes, sans savoir combien d'autres séquences, et lesquelles faisaient de l'auto-stop...

Résultat par exemple : la verse chez le blé ; après 20 ans de sélection, on s'est retrouvé avec du blé plus productif, mais plus grand, que le vent pliait, détruisant ainsi les récoltes.
Dans l'impossibilité de faire marche arrière, il a fallu improviser, et apporter des bouts de génomes de variétés naines...
On a aussi l'exemple de patates sélectionnées pour leur résistances à des insectes ravageurs...mais devenues toxiques pour l'homme etc...etc...

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Références

[1] Le marquage par gènes de résistance aux antibiotiques. Site d'information sur les OGM.
http://ogm.gouv.fr/savoir_plus/ fiches/ fiche16.htm

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